Y en a qui crient, y en a qui pleurent, y en a qui écrivent, y en a qui se battent, d'autres qui picolent, qui fument, qui boivent ou qui se droguent
Ca permet de faire passer tout les problèmes, petits ou gros, tout ce qui vient chager le moral comme un baudet. Ca évite de craquer, de peter un plomb, de faire une boulette.
Mais comment faire quand on perd cet exhutoire ? Quand ceux qui crient ne le peuvent plus ? Quand ceux qui boivent ont une cirrhose ? Quand ceux qui mangent passent plus la porte ?
Les problèmes s'accumulent peu à peu, les uns sur les autres, on oublie progressivement les plus anciens mais le malaise s'additionne et plus ça va, moins ça va. On vit avec une boule au ventre en permanence, en ce disant "ça va passer, c'est l'affaire de quelques jours." Mais au bout de quelques jours ça ne passe pas, mais c'est pas grave, on reste naïvement naïf et on se dit "ça va passer, c'est l'affaire de quelques jours".
C'est fou ce qu'on peut faire avec un peu de fierté, une once d'amour propre et quelques tonnes de conneries.
On être au fond du trou, avoir suffisament préparé le passage à l'acte pour le mettre en oeuvre en à peine 2 min le jour J, vivre avec cette boule dans le ventre, cette fameuse boule qui s'étend de l'os pelvien à l'atlas et montrer son plus beau visage à l'humanité. La vie est rose, tout va bien, à la question "ça va ?", répondre "toujours" ou habilement détourner la question (à cause de je-ne-sais quel phénomène de conscience qui pousserai à avouer la profondeur du gouffre) en renvoyant du tac-o-tac "et toi ?" avant même d'avoir formulé une réponse.
Et pourtant, et pourtant... on peut ne pas s'aimer, se dire "à quoi bon continuer ?', soufrir de vivre chaque jour un peu plus et conserver en soit une petite loupiotte rationnelle qui dit "ça apporterai quoi de plus ? d'accord, le fait même de respirer est douloureux, son absence te mine, mais tu as encore 2 ou 3 choses à faire, qui peuvent, à défaut d'être utile, être agréable à vivre. Aller, continue sur le chemin encore quelques temps, marche, cours si tu veux, mais profite de ne pas avoir un caillou dans ta chaussure qui t'obligera à t'arrêter."
Alors on marche, on marche. Pour certains c'est une balade qui alterne entre la plage et les champs. Pour d'autres c'est une perpétuelle retraite de Russie, le froid et la neige... mais on sert les dents coute-que-coute, et on avance, pas après pas, même si chacun est douloureux.
Alors je marche, dans cette neige qui m'arrive au genou, toujours égal à moi même, cynique, morbide, glauque, sans compassion, désinteressé des gens, excepté de Pierre Desproges et d'un quarteron de personnes spéciales. Je l'aurai cette foutu ligne d'arrivée, je l'atteindrai et je lui ferai sa fête.
Au 16ème siècle, on disait que les Lansquenets repoussés du paradis ne pouvaient pas avoir accès en enfer parce que leur turbulence effrayait le diable lui-même.
Lansquenet du 21ème siècle, ça sonne pas mal......
